Une invitation en Indonésie

 

L’INDONÉSIE est un monde à la diversité inégalée : 13 677 îles s'étendent sur plus de 6 000 km le long de l'Équateur. A 5 000 m d'altitude, les sommets de Nouvelle-Guinée sont couverts de neiges éternelles. Des plages superbes sont bordées de cocotiers. Dans les grandes villes comme Jakarta ou Bandoeng, Medan ou Surabaya règne une atmosphère fiévreuse, colorée, inimaginable. Des forêts pluviales restent inexplorées. A Sumatra, à Java, à Bali, à Sulawesi et dans bien d'autres îles fument les volcans.

Des peuples d'origines diverses pratiquent, le plus souvent en bonne intelligence, un grand nombre de religions. Les extrêmes sont partout : gratte-ciel et temples dont les fondations remontent au début de notre ère, agitation frénétique et paix contemplative. Il n'est pas facile de lancer une invitation en Indonésie, la liste de ses séductions n'a ni commencement ni fin. L'exotisme et l'insolite vous guettent partout, et leur multiplicité constitue l'un des principaux attraits de l'archipel.

Un regard sur le passé La Préhistoire

Au pléistocène moyen (350000 - 115000), Pithecanthropus erectus, sans doute immigré, vivait déjà sur les îles. En 1891, la mise au jour de ses os sur les rives du fleuve Solo, à Java, fit sensation ; on pensait sérieusement avoir trouvé le berceau de l'humanité. Mais les découvertes des années soixante de ce siècle, dans Lest de l'Afrique, réfutèrent cette thèse.

D'autres fouilles ,ont attesté qu'au mésolithique (10000-2000 av. J.-C.), des migrations originaires de la province chinoise du Yunnan touchèrent Sumatra puis toutes les autres îles de la Sonde. Des hachettes, trouvées un peu partout, témoignent de l'avancée des tribus malaises. On notera aussi la présence, abondante à Samosir (Sumatra), Nias, Sulawesi et de nombreuses petites îles de la Sonde, de mégalithes dont on souligne la similitude avec des exemples aussi éloignés que ceux de Cuzco, au Pérou, ou de Stonehenge dans le sud de l'Angleterre.

 

Chronologie indonésienne

2700-300 av. J.-C.: les Proto et les Deutéro-Malais submergent progressivement les aborigènes austronésiens, que l'on rencontre encore, de nos jours, en Nouvelle-Guinée, aux Moluques et dans les petites îles de la Sonde.

1000: civilisations du riz à Java et à Bali. 900-800: début du travail du bronze.

400-300: utilisation du fer. Début de notre ère : l'hindouisme conquiert paisiblement de grandes parties de l'Indonésie.

V. 200-600 apr. J.-C.: implantation du bouddhisme Hinayâna.

500-600: plusieurs vagues d'émigrants renforcent l'influence indien­ne ; constitution de royaumes éphémères.

V. 650: dans le sud de Sumatra, le royaume bouddhique de Çrivijaya étend sa puissance maritime jusqu'en Thaïlande méridionale.

V. 700: le bouddhisme Mahâyâna supplante l'Hinayâna.

V. 750: à Java, la dynastie hindoue des Sanjaya, dont l'influence s'exerce jusqu'en Indochine, est évincée par les Sailendra.

800-900: premiers royaumes balinais.

XIe s.: les rois de Majapahit prennent le pouvoir aux Sailendra et contrôlent toutes les côtes indonésiennes à l'exception de la Nouvelle­Guinée. Les îles vivent un « âge d'or ». Les souverains n'exercent qu'une autorité spirituelle, laissant le pouvoir aux ministres, dont le plus puissant fut sans doute Gaja Mada.

XIIe-XIIIe s : après des tentatives d'indépendance, Bali devient le siège de la dynastie des Majapahit qui protège l'hindouisme.

1350-1389: sous le roi Hayam Wuruk, le royaume de Majapahit brille de ses derniers feux.

1511: la prise de Malacca par Alfonso d'Albuquerque amorce les conquêtes européennes en Asie du Sud-Est.

1513: le prince musulman Pati Umus conquiert Java. L'élite hindouiste émigre peu à peu à Bali.

1522 : les Portugais fondent un comptoir sur la côte ouest de Java et conquièrent les Moluques dont l'Europe convoite les épices : muscade, poivre, cannelle et girofle.

XVIe s.: Portugais, Anglais, Hollandais et Espagnols se livrent une guerre économique larvée dont les autochtones font les frais.

1527: des forces javanaises infligent une sévère défaite aux Portugais devant Sunda Kelapa (Jakarta).

1596: la première flotte hollandaise apparaît dans les eaux indoné­siennes et mouille devant Bali en 1597.

1602: fondation de la Compagnie hollandaise des Indes orientales.

1619: le Hollandais Jan Pieterszoon Coen fonde Batavia. La Compagnie s'engage à assister les princes locaux dans leur lutte contre Anglais et Portugais en échange d'accords commerciaux.

1770: d'audacieux Français brisent le monopole hollandais sur le
commerce de la muscade en s'emparant de muscadiers qu'ils implan­tent aux Indes occidentales.

1782: minée par la corruption, la Compagnie perd le gros de sa flotte dans la lutte contre les Anglais. Elle est reprise par l'État hollandais en 1799.

1811 : profitant de l'emprise napoléonienne sur les Pays-Bas, l'Angleterre s'empare des possessions hollandaises dans l'archipel et nomme gouverneur sir Stamford Raffles qui réforme l'administration coloniale. Mais, dès 1814, les îles sont rendues aux Hollandais qui reprennent leur politique d'exploitation.

1825-1830: le prince Diponegoro conduit le premier soulèvement général à Java. Il est soumis mais les troubles subsistent. A Sumatra, les engagements entre Acehnais et troupes coloniales dureront jusqu'à l'indépendance.

1846: les Hollandais s'emparent de Bali, puis de Lombok (1894) mais esquissent une politique de modernisation et de mise en valeur.

1906: insurrection de Bali. Les Hollandais bombardent Badung (Denpasar) dont le rajah résiste avec 2 000 courtisans. Le dernier carré se suicide avec femmes et enfants.

20 mai 1908: création du mouvement de libération Budi-Utomo par le Dr. Wahidin.

1916: fondation du Volksraad, première institution représentative 1 député pour 10 000 Hollandais, 1 pour 300 000 Chinois mais seulement 1 pour 2 000 000 autochtones ! Les activités nationalistes se poursuivent pendant les années vingt et trente.

8 mars 1942: capitulation hollandaise ; les Japonais occupent l'archipel mais ne peuvent s'assurer la coopération des populations. Sukarno fonde un mouvement de libération.

17 août 1945: proclamation d'une république fédérative, démocrati­que et socialiste que l'ancienne puissance coloniale ne reconnaît pas.

1946-1948: luttes acharnées entre troupes hollandaises et mouve­ments de libération antagonistes. Les communistes proclament une république soviétique dans l'est de Java.

 

27 décembre 1949: sous la pression des Nations-Unies (conférence de La Haye, 23.8 - 2.11.1949), les Pays-Bas accordent l'indépendance aux « États-Unis d'Indonésie ».

1955: conférence afro-asiatique de Bandoeng.

1963: conflit armé avec la Malaysia. Des accords bilatéraux accordent à l'Indonésie la Nouvelle-Guinée occidentale dont l'indépendance doit se décider par référendum en 1969.

30 septembre 1965: une tentative de révolution communiste, noyée dans le sang, entraîne des règlements de compte interraciaux dont beaucoup de Chinois font les frais. Le parlement donne le pouvoir réel au général Suharto. Le pouvoir est fortement centralisé.

1966: Sukarno cède le pouvoir à Suharto, élu président en 1968.

16 août 1969: après un référendum contesté, la Nouvelle-Guinée occidentale, ou Irian Jaya, est incorporée dans la république, mais sa population aspire toujours à l'indépendance.

1975: après l'invasion de la partie occupée par le Portugal, toute l'île de Timor devient indonésienne en 1976.

 

 

Spécialités et curiosités

 

 

Les produits de la terre

La puissance coloniale imposa la culture de produits agricoles qui enrichirent considérablement la métropole, mais semèrent la misère et la famine dans les populations locales, opprimées et privées de tous droits. De vastes zones forestières disparurent au profit de gigantesques plantations. Après l'indépendance, l'Indonésie n'était pas en mesure d'exploiter l'infrastructure existante et la situation de la production agricole ne s'améliore que depuis les années soixante.

Le caoutchouc brut et les produits à base de caoutchouc représentent un sixième des exportations. Les plantations existent surtout à Sumatra. Lors de vos pérégrinations, ne manquez pas d'observer la récolte et la collecte, mais évitez les lieux de fumage ! L'arbre croît en épiphyte, peut être saigné à partir de 7 ou 8 ans, atteint son plein rendement - env. 20 kg par an - entre 12 et 16 ans et cesse d'être rentable à 25.

L'huile de palme : l'Indonésie s'est adaptée aux besoins croissants de graisse végétale (qui représente 1/10e des exportations) et les plantations envahissent de plus en plus toutes les îles. A Sumatra, on peut voir d'immenses pépinières sur la route de Medan à Pematang Siantar (vers le lac Toba).

Le cacao ne joue pas un grand rôle, quantitativement, en Indonésie, mais il est considéré par les spécialistes comme le meilleur du monde. Assez petites, les plantations restent souvent des propriétés familiales. L'arbre est assez spectaculaire, car il porte à la fois des fleurs et des fruits à différents stades de mûrissement. Il peut atteindre 15 m mais, pour faciliter la cueillette, on l'empêche de dépasser 7 m. Il produit, de sa 6e à sa 34 ou 40e année, des fruits appelés cabosses, qui contiennent de 30 à 40 fèves. Le traitement est assuré par les fabricants de produit final : les chocolatiers. Le cacaoyer se cultive surtout dans le centre de Java, le sud des Cèlèbes et aux Moluques.

Le café, venu d'Abyssinie, est cultivé en Indonésie - Sumatra, Java, Bali, Timor, depuis 1699. Le caféier est un arbuste à feuilles persistantes qui produit, pendant 3 à 5 ans, un fruit appelé cerise, dont la pulpe contient deux fèves. On extrait le grain selon deux méthodes, sèche ou humide, et c'est cette dernière, considérée comme donnant la meilleure qualité de café, qui est utilisée en Indonésie. Ce sont les Balinais qui préparent le meilleur café, comme vous pourrez vous en rendre compte dans les restaurants des autochtones (mais pas dans les hôtels !).

Le riz, base de l'alimentation quotidienne : c'est le pain des riches comme des pauvres. A Java ou à Bali, les lignes des rizières en terrasses s'harmonisent merveilleusement avec le paysage et fascinent les touristes. Grâce à la maîtrise parfaite des techniques de l'irrigation, tout Bali ressemble à un jardin. Dans la culture du riz, tout dépend de l'eau et, bien sûr, des dieux, des esprits et des démons. Aussi, rien ne se fait sans eux ; prêtres et anciens déterminent soigneusement les dates des travaux, dont toutes les étapes font l'objet de cérémonies et d'offrandes. L'une des fêtes les plus impressionnantes, rarement visible hélas, est le mariage de Vishnu avec Dewi Sri, la déesse du riz. Les paysans balinais sont groupés en communautés appelées subak, dont chacune travaille selon son propre rythme, aussi peut-on voir le même jour, dans un espace restreint, tous les stades du cycle de la culture : irrigation, labourage, plantation, sarclage, récolte, battage.

 

11 existe du riz brun, noir ou rouge. Selon les variétés, la plante atteint de 70 à 100 cm. Les connaisseurs apprécient par-dessus tout le riz dit de montagne, qui croît principalement à Bornéo. Dans certaines régions, on obtient jusqu'à trois récoltes annuelles. La rizière, ou sawah, est le théâtre d'événements étranges et mystérieux. Des gens dignes de foi parlent de feux follets (leyak) à des Européens sceptiques jusqu'à ce qu'eux-mêmes soient témoins de phénomènes inexplicables ! Si le manège d'un vieillard, gardeur de canards vous étonne, sachez

que la perche munie d'un fanion blanc qu'il fiche dans la rizière sert de mère de substitution aux palmipèdes. Ceux-ci ne s'en éloigneront pas et ne risquent pas de débarrasser des insectes nuisibles le champ du voisin et d'en chasser les serpents !

On appelle padi ou paddy le riz non décortiqué, gabah le riz battu mais non mondé, beras celui qui est mondé et nasi le produit cuisiné. Curieusement, même les paysans les plus modestes ne mangent jamais de riz complet qui coûte si cher dans les magasins diététiques d'Europe !

Épices des îles

Durant des siècles, la passion de l'Occident pour les épices détermina le destin politique et économique d'un archipel aux cent îles. Leur commerce entraîna une misère épouvantable dans les régions de production mais fut la source d'enrichissements considérables en Europe, dont les immenses besoins étaient dus aux mauvaises méthodes de conservation d'autrefois : les aromates couvraient maint « goût ».

Le poivre passe pour la plus relevée des épices et les Romains, déjà, en faisaient grand usage (ils poivraient même le vin !). Originaire des Indes, il croît dans les zones de forêts pluviales des tropiques, et particulièrement à Bornéo, aux Moluques et d'autres îles de la Sonde. Plante grimpante, le poivrier atteint 4 à 5 m de haut et donne des fruits sous forme de grappe. La couleur est une affaire de traitement les grains à demi mûrs, ébouillantés et séchés, donnent le poivre noir, les grains mûrs le blanc, et le poivre vert ne le reste que si on le conserve dans le vinaigre ou la saumure.

La noix de muscade avait, autrefois, moins d'intérêt gastronomique que de vertus curatives (jamais prouvées). Pour s'assurer un monopole, les Hollandais allèrent jusqu'à abattre tous les muscadiers d'Indonésie, sauf dans les îles qu'ils contrôlaient bien. Originaires des Moluques, ils atteignent 16 à 18 m et existent sous les deux sexes, l'ensemence­ment étant assuré par les oiseaux qui avalent la graine mais ne peuvent la digérer. Parfois, un arbre mâle est entouré de 80 femelles. Aujourd'hui, on a recours souvent à la greffe.

La cannelle resta longtemps une épice mystérieuse. Personne, en Europe, ne pouvait vraiment remonter jusqu'aux origines de son long périple. Son prix élevé justifiait qu'on l'ajoute à presque tous les mets, si l'on en avait les moyens. Aujourd'hui, plus personne n'ignore qu'il s'agit de l'écorce interne, fermentée et séchée, des rameaux âgés de deux ans, environ, d'un arbre atteignant 10 m de haut : le cannelier, très répandu à Java.

La cardamome, dont l'usage tend à se répandre en Europe, assaisonne le curry ; quelques grains donnent son piquant au café arabe. L'arbrisseau donne des capsules, contenant chacune 20 graines que l'on récolte avant maturité.

Les clous de girofle ont des utilisations nombreuses et variées ; en Indonésie leur poussière parfume même les cigarettes. Tout, dans le giroflier, sent merveilleusement bon : les fleurs, deux fois par an, les feuilles, l'écorce, le bois, les bourgeons et l'inflorescence, que l'on récolte juste avant qu'elle ne s'ouvre, pour la sécher.

Tuak, le vin de palme : sucrée et aromatique, la sève que l'on extrait des tiges des fleurs des palmiers Arèn, Nyiur et Enau, donne un vin de palme titrant 7° si on le laisse fermenter dans des bambous. D'un diamètre de 12 à 15 cm, ceux-ci servent également à sa conservation et à sa vente. Dans certaines îles, on le boit pour entrer en transes lors de cérémonies religieuses.

Bétel, l'autre moyen de parvenir au septième ciel : on estime que, sous les tropiques, 340 millions de personnes ont recours à ce stimulant. En Indonésie ils sont 30 millions, reconnaissables à leurs dents, mâchoires et palais teintés de rouge. L'une des nombreuses préparations consiste à rouler un fragment de noix de bétel (ou areka, ou encore pinang) saupoudré de chaux dans une feuille de poivrier. On met le tout dans la bouche et l'on mastique du soir au matin. On vend les ingrédients sur tous les marchés, pour quelques rupiahs.

La musique d'Indonésie

Gamelan, le monde tonal de Java et de Bali : le gamelan est un orchestre, composé en majeure partie de xylophones métalliques et de gongs. Les instruments se répartissent en plusieurs groupes : les saron et les gambang, composés de lames métalliques posées sur des caisses de résonance en bois, donnent la ligne mélodique principale ; les gender, faits de lames suspendues par des liens au-dessus de tubes de résonance en bambou, et les bonang, petits gongs bulbés horizontaux, ornent la ligne mélodique ; les gongs suspendus ponc­tuent et séparent les phrases mélodiques ; kendang ciblon (petits tambours) et kendang gending (plus grands) sont les instruments dirigeants, indiquant les variations de temps ; dans les compositions vocales, le rebab, vielle bicorde et la flûte suling accompagnent la voix. S'y ajoutent des instruments régionaux, comme le tjelem pung, cithare à 13 doubles cordes... Presque chaque village a son ensemble instrumental et on en compte quelque 18 000 à Java, 6 000 à Bali. Le mode de fabrication des instruments, le nombre de musiciens, exclusivement des hommes à compter de 7 ans, et la composition des gamelan font qu'aucun ne ressemble à l'autre. Certains ont l'exclusivité de formes tonales très précises, d'autres musiques sont réservées à des cérémonies particulières.

Les meilleurs instruments proviennent des villages autour de Klungkung, dans l'est de Bali.

Angklung : la musique angklung appartient à l'ethnie sundanaise, de l'est de Java. Elle est exécutée aux moyens d'instruments de bambou qui, agités par des musiciens, donnent une seule note chacun. Un orchestre d'angklung peut réunir jusqu'à 60 musiciens.

 

Les jeux des marionnettes

Le wayang revêt une importance particulière pour les Indonésiens et leurs voisins malais, thaïlandais et birmans. Autant qu'un spectacle éducatif, il s'agit d'un moyen de communication entre les humains et les dieux, les esprits, les ancêtres. Les thèmes sont fournis par les épopées du Ramiiyana et du Mahâbhârata et la dramaturgie ne varie guère. Dans les deux premiers actes, on expose la situation selon l'optique des parties antagonistes, le troisième voit le triomphe du noble héros, non sans péripéties destinées à porter le suspense à son paroxysme.

Wayang-kulit, la version la plus connue, se joue à l'aide de personnages en cuir souvent filigrané, de 30 à 50 cm de haut, fixés sur des baguettes. Ils sont manipulés par le dalang, qui narre généralement le sujet en vieux javanais (kawi) accompagné par un gamelan. Le traducteur y ajoute souvent des commentaires tirés de l'actualité. Il est permis de rire. Devant l'écran blanc qui dissimule le dalang, une lampe à huile projette les ombres des personnages sur le décor, essentiel, constitué d'un arbre ou d'une montagne célestes (kayonan en balinais ou gunungan en javanais). Une représentation peut durer 3, voire même 8 ou 10 heures.

Dans le wayang-klitik, les personnages en bois aux bras de cuir articulés évoluent sur la scène sans lumière ni écran ; le wayang­golek, typique de l'ouest de Java, ressemble plus aux jeux de marionnettes européens - les personnages portent des vêtements ; plus rare, le wayang-beber narre le sujet avec beaucoup de passion, à l'aide de personnages dessinés sur des bandes de papier. Dans le wayang-topeng, des danseurs masqués miment le sujet commenté par le dalang ; le wayang-wong, fréquent à Bali et à Java, est interprété par des acteurs ; singes et démons portent des semi-masques.

Offrandes aux dieux, aux esprits et aux démons

La préparation des offrandes destinées à la purification, à plaire aux dieux ou aux ancêtres, à apaiser les démons au-dessus et au­dessous de la terre et de la mer, occupe une grande partie des loisirs. Le riz, avec lequel on confectionne des gâteaux ou des temples en miniature, joue un grand rôle, mais aussi des fruits, des feuilles de „ bananier ou de cocotier, des fleurs, le papier et de petits paniers que l'on voit jusque dans les taxis. Dans les temples, on voit fréquemment des menus entiers, qui ne se gâtent jamais : on les reprend pour les consommer en famille, à l'exclusion des prêtres et des jeunes filles destinées à entrer en transes en dansant. En effet, les dieux et les ancêtres ont extrait des offrandes les « essences », ce qui les rend sans valeur pour certaines catégories de gens. Les rites des offrandes (pesegehan) sont si compliqués que seuls des experts en connaissent toutes les subtilités.

Danses, drames et mythes

La danse balinaise ou javanaise est un rituel pour les dieux, les démons et les ancêtres, qui se déroule selon une précision accomplie, presque scientifique. Le moindre geste est imposé : la position du corps, le port de la tête, le regard, le mouvement des pieds, des mains et même des doigts revêt une importance extrême, sans pour autant dénier à l'exécutant des formes d'expression individuelles. Sans doute originaires du sud de l'Inde, les formes chorégraphiques, à contenu mystico-religieux, symbolisent des récits et des drames au moyen d'une « langue secrète », connue de tous les spectateurs.

Le barong met en scène la lutte entre magies blanche et noire. Il oppose l'animal protecteur du même nom, représenté par deux hommes masqués et revêtus d'un costume à poil, à Rangda la sorcière, une veuve qui refusa d'être brûlée à la mort de son mari. Les danseurs entrent en transes, Rangda semble invincible mais la victoire reste finalement à Barong, sans que pour autant la sorcière soit jamais anéantie. Elle reste de ce monde, bannie dans un cimetière.

Legong, c le jour céleste des nymphes divines », exécuté par trois jeunes filles - de 10 à 14 ans au maximum - est sans doute la plus gracieuse des danses indonésiennes. Bien que les personnages jouent toujours le même rôle : deux legong (princesses royales) et une jondong (servante), le sujet peut varier à l'infini.

Les danses bans sont l'équivalent masculin du legong et jouent toujours un grand rôle lors des fêtes rituelles balinaises,. notamment les incinérations. Elles ont pour thème le service armé des guerriers pour leur roi.

Les danses sanghyang, dont les exécutants entrent en transes, se déroulent à l'intérieur ou devant un temple. Que leur thème soit l'exorcisme ou le sacrifice, elles protègent toujours le village.

Pour sanghyang-dedari (danse des anges vénérables), des fillettes,

n'ayant pas atteint la puberté, sont choisies selon leur don. Le prêtre (permangku) les fait entrer en transes à l'aide d'encens et de prières. Elles dansent jusqu'à ce que s'arrête la musique et tombent inanimées. Le prêtre les éveille mais elles ne se souviennent de rien.

Dans la version djaran, un jeune homme ou un prêtré en transes danse autour, puis dans les braises sans se blesser. Un fagot lui sert de cheval symbolique. Il est libéré lui aussi par un prêtre.

Kecak, la « danse des singes », est une pantomime de conjuration, autrefois purement exorciste, qui actuellement inclut un épisode du R m iyana. Des hommes incarnent l'armée d'Hanuman, le roi des singes, au son de la voix humaine, sans accompagnement de gamelan.

Les danses kebiyar existent, elles aussi, en nombreuses versions. Lors du kebiyar-duduk, l'exécutant « danse » assis, les jambes croisées, et va de musicien à musicien, l'un des efforts corporels les plus difficiles qui soient.

II existe bien d'autres danses, janger, jack, bedaya, sempiri, oleg tambulilingan (né en 1952), danses masquées issues du wayang­topeng ou du wayang-wong, etc. Lors des manifestations touristiques, elles perdent de leur authenticité, les transes sont facilement simulées, mais dans les villages, elles gardent leur véracité. En dehors de Bali et de Java, les danses traditionnnelles sont moins nombreuses : citons, chez les Torajas de Célèbes, le passuling (danse des morts), mangelu, ba-dao-bullan (après la moisson), ba-bone-balla (consécration de la maison) oui parading (danse guerrière exécutée lors du décès d'un homme) ; dans le sud des Célèbes, pakurru sumanga (danse de bienvenue), gaurang bulo (pour les moissons) ou pattennung (danse des tisserands) ; tari lilin des Minangkabau de Sumatra ou tari payung, danse dite des parapluies également à Sumatra ; selendang à Timor et les danses guerrières de Nouvelle-Guinée.

Le théâtre, à Bali et à Java, combine harmonieusement mime et musique, mais montre aussi de réelles qualités dramatiques. Il met en scène des personnages stéréotypés. Les pièces d'ardja sont des mélodrames issus des anciens royaumes de l'est de Java, rédigés dans une langue superbe, hélas hermétique pour les Occidentaux.

Les épopées edu Râmâyana et du Mahâbhârata : ils fournissent les thèmes, c'est-à-dire l'éternelle lutte entre le bien et le mal, aux pièces, mimes et danses. Rédigé sans doute au Ille ou IVe s. av. J.-C., le R mîiyana n'a cessé de s'enrichir en 2 000 ans. Il relate la vie du prince Rima, élevé à la dignité d'incarnation de Vishnu. Le Mahâbhiirata, qui est sans doute l'oeuvre la plus longue de la littérature mondiale, conte la lutte des descendants du roi Bhârata contre leurs cousins.

 

Le kriss ou criss

II n'existe sans doute pas d'arme aussi entourée de mythes que le kriss, né à Java au XIVe s. Plus qu'un couteau, c'est une arme d'estoc portée dans la ceinture qui, dans le cas critique, est tenue comme un revolver. Siège de l'âme de leur propriétaire, ils ne rentrent pas dans leur gaine avant d'être entrés en contact avec le sang et accomplissent leur « oeuvre » même sans le secours de la main. Leur lame sinueuse est forgée en associant des feuilles des métaux les plus divers, la poignée ornée de pierres précieuses. Certains modèles de maisons princières dépassent le demi-million de livres lors d'enchères londoniennes.

La production actuelle, florissante, est destinée pour 90 % au tourisme. Les modèles anciens n'existent pratiquement pas sur le marché (sauf les faux !) : qui se débarrasserait d'une arme dans laquelle réside peut-être une âme ? Ou alors, il faut y mettre le prix. On trouve tout au plus des armes purement utilitaires du siècle dernier, pour quelque quatre ou cinq cents francs.

Le coq, fortune et fierté de son propriétaire

Le coq de combat représente souvent la seule fortune de la famille et les exposer dans des paniers devant la maison est une affaire de prestige. On les nourrit des meilleurs grains, on les baigne, on les caresse, on leur applique des pommades, et ceci deux fois par jour ! Rien n'est trop beau pour eux, sauf les poules qu'ils guignent de l'intérieur de leur cage.

Un coq de combat n'est pas destiné à la reproduction, mais uniquement à la querelle. Dès qu'apparaît le moindre début de crête, son propriétaire emploie mille ruses pour l'exciter contre les autres coqs. Assis sous un banyan, les hommes discutent en mâchant du bétel,' leur coq sous le bras. De temps en temps, on en lâche deux l'un contre l'autre, pour constater les fruits d'une bonne éducation, et le propriétaire du « perdant » intervient d'un geste téméraire avant que le sang ne coule. Il aura beau jeu de déclarer chez lui que son coq a gagné, car les femmes ne sont pas admises lorsque « volent les plumes ». La police non plus, les combats de coq étant officiellement interdits, et surtout les luttes à mort, pour lesquelles les coqs portent de petits couteaux coupant comme des rasoirs, qui donnent lieu à des paris insensés. Il n'est pas rare qu'un fermier perde non seulement son coq, mais toute sa propriété. Si vous souhaitez jeter un coup d'oeil « derrière les coulisses », le portier de votre hôtel saura où vous envoyer pour assister à un combat, sanglant ou non.

 

Peuples et langues

 

Des peuples nombreux

La gigantesque étendue de l'archipel implique un grand nombre de

races. Certaines sont restées homogènes depuis la Préhistoire, mais la majorité d'entre elles se sont mélangées au point que l'Indonésie reste l'un des terrains d'étude les plus compliqués du monde pour les anthropologues.

Nous avons eu connaissance de deux gigantesques migrations de tribus malaises qui se sont étendues sur deux millénaires, et les fouilles témoignent des contacts culturels les plus divers. Des peuples austro-mélanésiens déjà établis se sont mélangés avec des Proto­Malais venus du nord, avant que des Deutéro-Malais ne refoulent les tribus sédentarisées. Batacres de Sumatra, Dayaks de Bornéo, Torajas de Célèbes et d'autres groupes se retirèrent dans des contrées isolées où ils purent vivre en autarcie jusqu'au début de ce siècle. Il en est de même des Austro-Négroïdes de Nouvelle-Guinée. Les ethnologues distinguent toujours les deux groupes fondamentaux des Prote, et des Deutéro-Malais, adeptes du bouddisme et de l'hindouisme, dont la majorité passa ensuite à l'islàin. Les plus importants sont les Balinais, les Javanais, les Minangkabaus du sud-ouest de Sumatra, les Buginais et les Macassars de Sulawesi, et les Acehnais du nord-ouest de Sumatra. Partout on observe des distinctions entre habitants des côtes et des montagnes. La couleur de la peau accentue souvent les différences ethniques.

La fin des migrations du paléolithique et du néolithique n'apportèrent aucune stabilité, d'autres mélanges s'effectuèrent d'île à île. Dans les temps modernes, des milliers de Chinois arrivèrent dans l'archipel, partiellement engagés sur les plantations par la puissance coloniale. Leur ténacité et leur sens proverbial du commerce leur assurèrent rapidement une position dominante dans le domaine économique. Cela ne se fit pas sans jalousie, et on assista à une forme de pogrom.

La tentative de coup d'État communiste de 1965 fut partiellement liée à l'agitation chinoise et l'on estime, sans pouvoir donner de chiffre exact, que plusieurs centaines de milliers de Chinois furent victimes des troubles. Mais 3,8 millions d'entre eux contrôlent toujours 70 % de l'économie.

L'influence coloniale hollandaise laissa aussi des traces. De nom­breux Européens habitent encore - ou plutôt de nouveau - en Indonésie. Un sur quatre fait un mariage mixte.

De nombreuses langues

Autant de peuples, autant de langues ! San compter la Nouvelle­Guinée, on distingue quelque 250 langues sur les fies indonésiennes (auxquels s'ajoutent les dialectes !). Sur Java on en parle 9, sur la petite fie d'Alor 70 et en Nouvelle-Guinée occidentale quelque 300.

L'unité politique exigeait la suppression des barrières linguistiques. Au cours des siècles, le malais, originaire de l'archipel de Riau, qui gagna l'Indonésie pour la presqu'île de Malacca, était devenu la langue des relations commerciales. Dans les premières décennies de ce siècle, il donna naissance à une langue artificielle, propagée essentiellement par les indépendantistes, le bahasa indonesia, qui fut élevée à la dignité de langue officielle en 1950. Relativement simple, sans grammaire compliquée, sans conjugaison, elle emprunte à différentes langues des mots compréhensibles par les Européens : chauffeur - kondektur, restaurant - restoran, bière - bir, police = polisi, l'influence hollandaise n'est pas loin... Pour former le pluriel, on répète le mot. Utilisée partiellement jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'écriture arabe a définitivement cédé la place aux caractères latins.

La grande originalité des langues de Java et de Bali est que l'on s'exprime différemment selon la classe sociale. La position qu'occupent les interlocuteurs dans la famille et la société détermine le choix du vocabulaire.

Desa, une communauté exemplaire

La culture du riz en terrasses et des méthodes complexes d'irrigation exigent un fort sentiment de solidarité, aussi la communauté villageoi­se, ou desa, était-elle déjà organisée d'une manière exemplaire il y a un millénaire. Sa cellule est la famille, extrêmement unie, dont l'habitat est entouré de murs de terre pour la protéger des esprits. Son chef, kepala keluarga, fait partie du banjar, qui règle les problèmes d'ordre profane ; la communauté des anciens, ou krama desa, est chargée des affaires religieuses. Bale agung (place des princes) et puni (temple) sont les centres du village. Lorsque ce dernier a quelque importance, il existe plusieurs banjar qui élisent un maire, le perbekel. Le kepala keluarga des familles possédant des rizières fait également partie de la subak, la coopérative d'irrigation.

A Bali, la religiosité constitue l'autre facteur de la solidarité villageoise. Toute maison possède son temple familial, en plus de celui du village, le puni desa, objet de la sollicitude générale. Il en va de même du gamelan, dont les instruments appartiennent généralement à la communauté.

On entoure les enfants, qui ne doivent pas toucher le sol, considéré comme impur, avant l'âge de trois mois, de beaucoup de soins et d'amour. Il n'existe pas de châtiments corporels et on les empêche de se disputer. S'ils manifestent des talents chorégraphiques, on ne recule devant aucun sacrifice pour les faire éduquer par des maîtres.

Régi par le statut social et la richesse des familles, le mariage obéit à des coutumes fort diverses. Selon la tradition, ou mapadik, les parents choisissent les conjoints de leurs enfants. Plus moderne,

 l'enlèvement de la fiancée », ou negerorod, « indigne » tout le monde, pendant que roucoulent les jeunes mariés. On estime peu le célibat, qui n'assure pas la pérennité de la communauté.

Source de l'ordre social, l'adat, tradition orale, à l'origine écrite aussi, fixe la loi et le droit coutumier. Sa violation peut entraîner l'exclusion de la communauté.

 

Astrologues, sorciers et démons

La vie et la mort des Balinais, et partiellement aussi des Javanais, est déterminée par des esprits et des démons, au nombre de 40 000 selon les spécialistes. Sans pouvoir les détruire, l'homme s'efforce de limiter leurs influences néfastes, et maintenir l'équilibre entre le bien et le mal, qui coexistent sur terre, en réjouissant les dieux et en apaisant les démons à l'aide de danse, de musique, de fleurs ou de sacrifices. Partout où le besoin se fait sentir, entrée d'un pont ou carrefour, on place l'effigie d'un kala ou d'un buta, démon montrant les dents, auquel on apporte des sacrifices, et personne ne comprit pourquoi les Européens construisirent hôtels et bungalows sur la plage, c'est-à-dire si près des mauvais génies de l'eau.

A Bali, la lutte contre les démons exige que l'on lime les incisives du maxillaire supérieur, car seule une denture droite garantit contre la prodigalité, la paresse, la luxure et d'autres vices. A défaut, personne ne peut être incinéré, car on ne peut pas se réincarner si l'on est un démon. Tout le village se réunit pour cette procédure, assez désagréable, mais nous vous conseillons de rester discret et de ne pas oublier que certains c limages » annoncés publiquement font partie des spectacles pour touristes. Comme les dents font aussi partie de l'âme, on enterre leur poussière.

Démons et esprits jouent également un rôle prépondérant chez les Torajas de Sulawesi et les Batacres de Sumatra. Aucun peuple, aucune tribu ne pratique la conjuration par charlatanerie. Même les chrétiens de Sumatra ont toujours « leurs » esprits. Les chasseurs de tête suspendent la tête de l'» ennemi » au faite de leur maison, l'esprit du mort en éloigne le mal.

Dans la minorité chinoise, l'activité des mauvais démons est plus importante que celle des dieux et des bons génies. Ils proviennent de morts qui ont franchi le pas, pauvres ou insatisfaits, aussi porte-t-on sur les tombes de défunts proches des monceaux de billets d'argent sans valeur, des menus entiers ou des miniatures d'objets qu'ils affectionnaient.

Petit riziculteur de Java ou directeur d'une société de Jakarta, tout le monde connaît une adresse pour déterminer la date de mariage d'une fille ou à quel moment battre la concurrence. Et si le devin se trompe c'est tout simplement que de mauvais esprits s'en sont mêlés !

Sports et distractions

L'archipel n'offre pas beaucoup de possibilités de pratiquer un sport, d'ailleurs les touristes ne viennent généralement pas pour cela. Il est vrai aussi qu'avec 35° C à l'ombre, on n'éprouve pas tellement l'envie de se dépenser physiquement. Néanmoins, si vous tenez à vous détendre quelques jours, il existe, dans le sud de Bali, des plages dotées du confort américano-européen, comme Sanur et Kuta Beach, où l'on peut faire du golf, du tennis, de la voile, du surf, du ski nautique (très cher) ou de la plongée. Ne vous baignez jamais dans des eaux inconnues, il y a des courants dangereux, parfois des écueils, certaines côtes sont infestées de serpents de mer, d'autres polluées. Si la natation est votre sport favori, prenez toutes informations auprès du portier de l'hôtel. II est théoriquement possible d'aller chasser, mais les préparatifs sont très compliqués.

A Kuta, et dans la station voisine de Legian, les boîtes de nuit sont innombrables, mais autant le dire, la vie nocturne n'est pas trépidante en Indonésie. Peu d'établissements peuvent rester ouverts après minuit, les shows n'existent pratiquement qu'à Jakarta, et il ne faut pas oublier que dans un pays majoritairement islamique, on ne fait pas d'excès d'alcool. Le théâtre au sens européen n'existe qu'exceptionnellement dans les grandes villes, mais nous vous recom­mandons les représentations de ballets de Java ou du Ramâyana.

 

Boire et manger

Une visite des « cuisines »

Le pluriel s'impose : la diversité gastronomique de l'Indonésie équivaut presque à sa composition ethnique. Les connaisseurs affir­ment que si les Malais sont les meilleurs cuisiniers, les Italiens ou les Suédois, accommodent leurs spécialités à la perfection. Mais c'est la cuisine chinoise de toutes les provinces qui atteint des sommets. Nous vous conseillons de varier vos expériences et d'éviter autant que possible la nourriture dite internationale, ne serait-ce que pour des raisons d'hygiène : sous les tropiques, il vaut mieux faire confiance aux habitudes culinaires des autochtones et s'y adapter.

Les ingrédients de base peuvent paraître familiers aux Européens du riz et encore du riz, des crustacés, du poisson, de la viande - boeuf et volailles dans les régions musulmanes, porc chez les hindouistes - et légumes : chou, épinards, carottes, céleri, soja, pommes de terre, manioc, bananes. La cuisine indonésienne, représentée surtout par des recettes javanaises et sumatraises, excelle dans les contrastes et les combinaisons gustatives : aigre et sucré, épicé et doux, mais utilise le piment avec plus de sobriété que la cuisine indienne, par exemple.

Certains gourmets affirment que de plus en plus de restaurants typiques européanisent leur cuisine. Parions que vous ne vous en rendrez pas compte mais, pour être tout à fait sûr de goûter des plats authentiques, faites confiance aux innombrables cuisines ambulantes appelées warung. Beaucoup de touristes n'osent pas s'y risquer, et ils ont bien tort. Faites l'appoint, on y manque souvent de monnaie.

 

Quelques plats caractéristiques

Le gado-gado est une salade de légumes assaisonnée d'une sauce épicée aux cacahuètes (si vous aimez très épicé, demandez pedas). Sont considérés comme des plats nationaux, nasi (riz) et mie (nouilles) goreng, frits dans l'huile de coco et accompagnés selon le goût et le portefeuille, de viande, de tomates, d'oeufs, de pâte de crevettes, de piment et d'épices. Istimewa veut dire : accompagné d'un oeuf sur le plat. Les brochettes dites sate ou satey sont décrites plus loin.

 

Les restaurants padang déduisent de votre addition ce que vous laissez. On y sert toutes les viandes sauf le porc, interdit aux musulmans, ainsi que des abats, très appréciés : otak (cervelle), paru paru (mou) et usus (boyaux) sont cependant servis à part. L'une de leurs grandes spécialités est le rendang, bceuf cuit presque toute une journée avec du piment et de la noix de coco râpée.

Typiquement indonésienne aussi, est la cuisson à l'étouffée de viandes avec des feuilles de palmier et de bananier. Les krupuk, à base de farine de riz ou de pâte de manioc assaisonnée de pâte de poisson ou de crustacés et servis chauds, servent de succédané de pain. La cuisine change d'île à île. Java ne connaît pas le porc, l'est de l'île épice plus que le centre ; les îles orientales travaillent énormément la farine de tapioca (cassava) et le sago. Le nord de Sumatra raffole du chien (daging anjing). De nombreux Batacres élèvent une race bien précise et ne cachent pas non plus qu'ils apprécient une variété de souris sylvestre.

Les Indonésiens, même cultivés, mangent avec les doigts, mais on présente aux touristes un couvert, c'est-à-dire une cuillère et une fourchette pour remplir la cuillère. Comme la nourriture est coupée menu, on n'utilise pas de couteau.

Les restaurants chinois

Leur prospérité incite les Chinois à aller au restaurant, aussi trouve­t-on plus de restaurants chinois qu'indonésiens. La présence de viande de porc en éloigne les musulmans. Les cuisines les plus représentées sont celles de Canton, Shanghai, Pékin et Swatow. Elles utilisent absolument de tout, coupé en petits morceaux, ce qui facilite l'ingestion à l'aide de baguettes, et cuit rapidement, ce qui conserve les vitamines. II faut savoir qu'on ne mange que la peau croustillante du canard à la pékinoise, que le garçon sert d'abord les messieurs et que l'on porte son bol de soupe ou de riz à la bouche sans choquer personne. Par contre, on ne reste pas à table, après le repas, pour boire quelques verres.

 

Petit glossaire à la carte

Tout d'abord, l'explication d'un terme fréquent : santan. Il s'agit de lait de coco utilisé pour la cuisson des viandes et des légumes.

Plats sambal

Poissons ou viandes préparés dans l'huile d'arachide, le santan et le piment.

Sambal goreng hati ajam : foie de volailles ; goreng udang crevettes frites et épicées ; goreng tempe : gâteau de fèves de soja aux crevettes ; goreng kedele : potée de fèves de soja au gingembre ; goreng kempang kubis : chou-fleur très épicé ; goreng dadar : omelette au piment.

Soupes

Elles s'inspirent toutes des cuisines chinoise et européenne.

Sap ekor sapi: soupe douce à la queue de boeuf; selada babi: soupe de légumes aigre-douce au porc ; kangkung : au cresson, gingembre, poulet ou boeuf ; udang : aux crevettes et au gingembre ; kempang kubis : bouillon de poule aux nouilles et au chou-fleur ; ajam : soupe de volaille aux nouilles.

OEufs

OEufs de cane et de poule jouent un grand rôle ; une portion d'omelette suffit souvent pour 2 personnes.

Dadar otak : omelette à la cervelle ; dadar isi istimewa : omelette aigre-douce farcie de viande de boeuf et de piment ; dadar isi djawa omelette farcie à la viande, à la Java ; telur asin : oeufs de cane cuits dans l'eau très salée. (Il ne faut manger que des oeufs de cane durs, en raison des risques de salmonellose.)

Saté ou satey

Ces brochettes, populaires dans toute l'Indonésie, sinon dans tout le Sud-Est asiatique, existent en multiples variations viande, poisson, crustacés, volailles, dont les meilleures se trouvent chez les tukang sale qui transportent leur gril au charbon de bois de carrefour en carrefour, accompagnées d'une sauce de farine de cacahuètes et de sambal (piment) ou de sauce au soja. Cette dernière s'appelle ketjap, terme malais qui peut prêter à confusion, puisqu'il a légèrement changé de sens en passant à l'anglais sous la forme ketchup !

Sale istimewa : rumsteak aux oignons ; ayam : poulet ; madura

rumsteak au piment ; ayam djawa : poulet mariné, une spécialité javanaise ; bermocam macam : au moins quatre viandes diverses ; manis : boeuf mariné aigre-doux ; hati sapi : foie et coeur de beeuf au piment rouge ; kambing : mouton mariné dans une sauce au soja ; hati ayam : foie de volaille ; babi : porc au piment rouge ou vert. Légumes

Si un plat porte la mention sajur, il est cuit au santan.

Sajur menir : haricots verts, tomates, maïs, épinards ; sajur keri haricots, chou blanc et chou-fleur, poivrons, pommes de terre avec une viande ; sajur babi : chou blanc, crevettes et porc ; sajur buntjis potée de haricots à la viande et beaucoup de piment ; sajur lodeh aubergines et légumes variés ; sajur oblok : poisson fumé au chou et aux aubergines ; sajur gudek : salsifis et poivrons au bceuf ; sajur asam istimewa : potée de légumes aigre au hachis et aux cacahuètes ; gado-gado djawa : divers légumes légèrement cuits, crevettes, caca­huètes, pommes de terre, arrosés de sauce de cacahuètes ; petjel chou et chou-fleur, germes de haricots, pommes de terre et sauce piquante aux cacahuètes ; gulai manis kangkung : poivrons, gingem­bre et cresson cuit au santan ; urap-urap : divers légumes à la noix .y de coco ; selada indonesia : piment, chou, concombre, cacahuètes, pommes de terre et oeufs ; selada ikan : salade de poisson au concombre ; cap-cay goreng : légumes sautés au poulet ou au boeuf ; kasawi : légumes variés aux veufs et à la viande ; bami goreng potée de chou, de céleri, de germes de haricots, de nouilles, de crevettes et de viande.

Plats de riz (nasi)

Le riz peut être blanc, rouge ou noir, à grains longs ou courts, frit ou cuit, et servi comme plat ou comme accompagnement.

Nasi kuning : riz au junjit et à la noix de coco ; goreng : riz frit aux crevettes, aux légumes et au sambal ; uduk . riz piquant au poulet rôti et aux légumes : megono : riz au poulet, légumes, champignons, cacahuètes et santan ; goren